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Journal · Le dirigeant & l'impôt

Le Madelin du Mandataire : le PER que les présidents de SAS ignorent encore

Président de SAS ou de SASU, votre statut d'assimilé salarié ne vous interdit pas de faire financer votre PER individuel par votre société. Encore faut-il le savoir, et le chiffrer.

N-VEST Patrimoine · Fiscalité du dirigeant · Lecture 7 min

Depuis des années, le président de SAS traîne son statut d'« assimilé salarié » comme une petite malédiction administrative. Le TNS avait son Madelin ; lui avait trois mots et une fin de non-recevoir.

C'est un peu court.

Une SAS ou une SASU peut, dans un cadre correctement structuré, prendre en charge une somme destinée au PER individuel de son président. Cette prise en charge entre dans sa rémunération et supporte les cotisations correspondantes. Le versement sur le PER peut, de son côté, être déduit du revenu imposable dans la limite du plafond disponible.

En clair : l'entreprise finance, le dirigeant est imposé sur l'avantage, puis la déduction PER peut compenser cet effet à l'impôt sur le revenu.

L'URSSAF, elle, ne disparaît pas. Il fallait bien qu'un douanier soit assis quelque part dans le mécanisme.

Nous avons choisi d'appeler ça le Madelin du Mandataire. Le terme n'a aucune existence juridique. Il ne désigne ni un nouveau contrat ni une niche fiscale découverte derrière une armoire de Bercy. Il sert simplement à retenir une idée que beaucoup de dirigeants ignorent encore : être assimilé salarié n'interdit pas de faire participer sa société à la constitution de sa retraite individuelle.

Comment fonctionne le Madelin du Mandataire ?

Comment une SAS ou une SASU peut-elle financer le PER individuel de son président ? Prenons 10 000 euros. La société prend en charge 10 000 euros destinés au PER individuel de son président. Cette somme constitue pour lui un avantage ou complément de rémunération : elle est donc soumise au traitement social correspondant et intégrée à son revenu imposable.

Supposons maintenant que le dirigeant dispose d'au moins 10 000 euros de plafond PER disponible et que le versement soit intégralement éligible à la déduction prévue par l'article 163 quatervicies du Code général des impôts. Il constate 10 000 euros de revenu imposable supplémentaire, mais déduit parallèlement 10 000 euros au titre de son versement PER.

L'effet supplémentaire à l'IR peut donc être compensé, dans la limite de son plafond disponible. Pas les cotisations sociales. C'est le prix d'entrée.

Et c'est précisément pour cette raison qu'il serait absurde de présenter le Madelin du Mandataire comme une martingale fiscale. Il s'agit d'un arbitrage de rémunération et de patrimoine : la société consacre une partie de ses ressources à la retraite de son dirigeant, avec un coût social, mais aussi avec le traitement fiscal propre au PER.

La bonne question n'est donc pas « combien vais-je défiscaliser ? », mais plutôt : pour un même coût supporté par ma société, quelle solution me permet de constituer le patrimoine le plus pertinent ?

Reporter ses plafonds PER : le trésor qui dort sur votre avis d'impôt

C'est là que le sujet devient particulièrement intéressant. Beaucoup de présidents de SAS ont peu ou pas utilisé leurs plafonds d'épargne retraite. Certains disposent donc d'une capacité de déduction importante sans même le savoir.

Depuis l'imposition des revenus 2026, les plafonds PER inutilisés peuvent être reportés pendant cinq ans, contre trois auparavant. Une petite fortune fiscale peut ainsi dormir sur un avis d'impôt que l'on transmet chaque année religieusement à son comptable avant de retourner vérifier le Nasdaq.

Prenons un dirigeant disposant de 30 000 euros de plafond effectivement utilisable. Si cette déduction vient intégralement effacer du revenu qui aurait été imposé dans sa tranche marginale à 41 %, son effet théorique sur l'IR peut atteindre 12 300 euros. À 45 %, 13 500 euros.

Ce n'est évidemment pas une promesse d'économie d'impôt : tout dépend du revenu du foyer et de l'endroit où vient réellement s'imputer la déduction. Mais cela donne une idée de la valeur que peuvent représenter des plafonds PER inutilisés. Le plafond PER n'est pas une ligne décorative de l'avis d'impôt. C'est une capacité de déduction limitée dans le temps. La laisser expirer mérite au moins qu'on se demande pourquoi.

Le PER ne fait pas disparaître l'impôt

Le contribuable français entretient parfois avec l'impôt une relation suffisamment pathologique pour préférer perdre dix afin d'éviter d'en donner trois. Le PER ne doit pas devenir l'instrument de cette névrose.

Une déduction aujourd'hui ne signifie pas que l'argent échappera éternellement à l'impôt. La fiscalité à la sortie dépend notamment de la nature des versements, de leur déductibilité à l'entrée et du mode de sortie retenu. Le capital est par ailleurs destiné à rester investi jusqu'à la retraite, hors cas légaux de déblocage anticipé.

Le véritable intérêt du PER se joue donc dans le temps. Pour un dirigeant fortement imposé aujourd'hui, disposant d'un horizon long et susceptible de connaître une fiscalité différente à la retraite, la déduction peut être puissante. Pour quelqu'un qui a besoin de son capital dans trois ans, beaucoup moins.

Ajoutons une évidence que l'obsession fiscale fait parfois oublier : un PER est une enveloppe, pas un rendement. Selon les supports choisis, le capital peut être exposé aux fluctuations des marchés et à un risque de perte. Les frais et l'allocation retenue comptent donc au moins autant que la beauté de la déduction fiscale.

Un mauvais investissement ne devient pas bon parce qu'il a reçu la bénédiction de Bercy.

Pourquoi ne pas simplement prendre plus de salaire ?

Parce que le salaire achète quelque chose que le PER ne vous donnera jamais complètement : la liberté immédiate. Une fois les prélèvements acquittés, l'argent peut servir à investir dans l'entreprise, acheter de l'immobilier, rembourser une dette, constituer un portefeuille liquide ou financer n'importe quel projet.

Le PER échange une partie de cette liberté contre son régime fiscal et son horizon retraite. À 35 ans, lorsqu'on prévoit de racheter un concurrent ou d'investir massivement dans sa société, immobiliser du capital uniquement pour économiser de l'impôt peut être une idée parfaitement stupide.

À 55 ans, avec une entreprise mature, de la trésorerie, un patrimoine liquide déjà constitué, une TMI élevée et plusieurs années de plafonds PER inutilisés, l'équation change complètement.

La fiscalité est la même. La bonne décision ne l'est pas.

Dividendes ou rémunération : « c'est 31,4 % », vraiment ?

Cette phrase possède la beauté rassurante des idées simples qui contiennent un chiffre exact. Depuis 2026, les dividendes relevant du régime de droit commun supportent, par défaut, 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux, soit 31,4 % au total, sous réserve notamment de l'option possible pour le barème progressif.

Très bien. Mais ce chiffre ne dit toujours pas si vous avez intérêt à sortir 100 euros de votre SAS en dividendes plutôt qu'à les consacrer à votre rémunération ou à votre retraite.

Car avant d'arriver dans votre poche, le dividende provient d'un bénéfice qui a déjà supporté l'impôt sur les sociétés. La rémunération suit une autre route : elle peut constituer une charge déductible pour la société lorsqu'elle remplit les conditions requises, mais supporte les cotisations sociales. Et lorsque cette rémunération finance un PER, il faut encore intégrer la déduction fiscale éventuellement disponible chez le dirigeant.

Comparer 31,4 % de PFU avec un taux de cotisations sociales revient donc à comparer deux chiffres qui ne se trouvent pas au même endroit du circuit. Il manque seulement l'IS payé en amont, la déductibilité de la rémunération, le coût social, la déduction PER, la fiscalité à la sortie, la disponibilité du capital et ce que cet argent aurait pu rapporter ailleurs. Une broutille : tout ce qui permet de savoir si l'opération est bonne.

La seule comparaison sérieuse consiste à partir du même montant disponible avant fiscalité dans la société et à suivre chaque euro jusqu'au patrimoine final du dirigeant. C'est exactement ce que La Vision PER permet de chiffrer, à l'euro près.

Et surtout, il faut intégrer le rendement alternatif de cet argent. Une entreprise capable de transformer 50 000 euros de trésorerie en 100 000 euros de valeur supplémentaire n'a probablement pas intérêt à immobiliser ces 50 000 euros pour le seul plaisir de réduire l'impôt de son dirigeant.

L'argent le moins taxé n'est pas nécessairement l'argent le mieux employé.

Et votre meilleur salarié ?

C'est l'autre usage intéressant du mécanisme. La prise en charge d'un versement destiné au PER individuel peut également être étudiée dans la construction de la rémunération d'un salarié-clé, sous réserve naturellement d'une mise en œuvre conforme aux règles fiscales, sociales et de droit du travail.

Un directeur commercial difficile à remplacer, un cadre historique, un CTO que la concurrence tente de débaucher : on peut évidemment leur verser une prime. Puis recommencer l'année suivante. On peut aussi réfléchir à leur rémunération comme à un ensemble : fixe, variable, intéressement, participation, actionnariat lorsque cela s'y prête, avantages et constitution d'un patrimoine de long terme.

Dans cette logique, participer au financement du PER individuel d'un collaborateur peut apporter une dimension patrimoniale au package de rémunération. L'opération n'échappe pas miraculeusement aux charges sociales. L'URSSAF, toujours elle, n'a pas quitté la pièce pendant ce paragraphe. Mais 10 000 euros consacrés à la constitution d'un patrimoine retraite n'ont pas nécessairement la même valeur perçue que 10 000 euros supplémentaires noyés dans la rémunération annuelle.

Alors, bonne idée ou usine à gaz ?

Cela dépend surtout de quelques chiffres. Un président fortement imposé, disposant de plafonds PER inutilisés, d'une société rentable et d'un patrimoine suffisamment liquide possède plusieurs bonnes raisons de faire la simulation. Un dirigeant peu imposé, ayant besoin de cash ou capable de réinvestir sa trésorerie avec une forte rentabilité dans son entreprise en possède beaucoup moins.

Il faut regarder le plafond disponible, la TMI, le coût social complet, le traitement fiscal pour la société, l'horizon de placement, les frais du PER et ce que l'argent pourrait rapporter ailleurs. Pas besoin d'une théologie fiscale. Il faut simplement comparer.

Le TNS avait son Madelin. Le président de SAS n'a jamais eu exactement son équivalent. Mais son statut d'assimilé salarié n'empêche pas sa société, dans un cadre correctement structuré, de participer au financement de son PER individuel. Et lorsque plusieurs années de plafonds se sont accumulées chez un dirigeant fortement imposé, l'arbitrage devient suffisamment intéressant pour mériter autre chose qu'un haussement d'épaules.

Nous appelons cela le Madelin du Mandataire. Le fisc, lui, l'appelle autrement. C'est probablement pour cela que personne n'en parle.

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À savoir

« Le Madelin du Mandataire » est une appellation éditoriale et non un dispositif juridique ou fiscal autonome. Les exemples présentés sont simplifiés et ne constituent ni une simulation personnalisée, ni une promesse d'économie fiscale ou de performance. La pertinence d'un financement du PER dans le cadre de la rémunération dépend de la situation fiscale, sociale, professionnelle et patrimoniale du bénéficiaire ainsi que des caractéristiques du contrat retenu. Le PER est un produit d'épargne retraite de long terme dont la disponibilité est encadrée ; selon les supports choisis, l'investissement peut présenter un risque de perte en capital.